La lutte contre l’IPTV franchit un nouveau cap en Italie

Match foot à la télé

Après une première vague d’amendes visant des milliers d’utilisateurs, certains abonnés identifiés dans une enquête judiciaire doivent désormais payer une nouvelle facture. Cette fois, il ne s’agit plus d’une sanction administrative, mais d’une compensation financière réclamée directement par les ayants droit du football.

Depuis plusieurs années, l’Italie mène une offensive particulièrement agressive contre l’IPTV pirate. Les autorités cherchent à frapper non seulement les réseaux illégaux, mais aussi les utilisateurs finaux qui profitent de ces abonnements permettant d’accéder aux matchs et aux chaînes payantes à prix cassé.

Tout remonte à une vaste enquête menée dans la ville de Lecce, dans le sud du pays. Les forces de l’ordre y ont démantelé un important réseau de diffusion IPTV illégal et mis la main sur une base de données contenant des milliers d’abonnés ayant payé pour accéder aux flux pirates.

À partir de ces informations, les autorités italiennes ont décidé de cibler directement les utilisateurs. En mai 2024, la Guardia di Finanza a annoncé que 2 282 abonnés avaient été verbalisés dans 80 provinces du pays. Les sanctions administratives prévues allaient de 154 euros pour une première infraction jusqu’à 5 000 euros en cas de récidive. Cette première vague d’amendes devait déjà servir d’exemple pour dissuader les utilisateurs de recourir à ces services illégaux.

Après les amendes, la facture civile

Une nouvelle étape a toutefois été franchie quelques mois plus tard. À l’automne 2025, la plateforme de streaming sportif DAZN a commencé à envoyer des courriers à certains abonnés déjà sanctionnés. Dans ces lettres, l’entreprise proposait de régler 500 euros supplémentaires afin de compenser le préjudice civil lié à l’utilisation d’un abonnement pirate.

La stratégie a ensuite été reprise par la Serie A. En janvier dernier, son directeur général Luigi De Siervo a confirmé que près de 2 000 courriers avaient été envoyés à des personnes identifiées dans l’enquête de Lecce, avec une demande de paiement fixée à 1 000 euros par utilisateur.

Fin février, le dirigeant du championnat italien a annoncé que les premiers abonnés avaient déjà accepté de verser cette somme. Autrement dit, les demandes financières ne sont pas restées symboliques : certains utilisateurs ont préféré payer plutôt que de contester la procédure.

Le message adressé aux utilisateurs est désormais très clair : utiliser un abonnement IPTV pirate peut entraîner une double sanction. D’un côté, une amende administrative prononcée par les autorités. De l’autre, une demande de compensation financière formulée par les ayants droit.

Une identification basée sur les paiements

Contrairement à certaines idées reçues, les abonnés n’ont pas été identifiés grâce à une surveillance massive des connexions internet. Dans cette affaire, les enquêteurs se sont surtout appuyés sur les données de paiement et les informations bancaires récupérées lors du démantèlement du réseau IPTV. Ces éléments ont permis de remonter jusqu’aux clients ayant payé pour accéder au service.

Certains avocats ont contesté la validité de certaines amendes, estimant qu’elles reposeraient principalement sur ces traces financières sans preuve technique comme une adresse IP ou une saisie de matériel. Ces contestations n’ont toutefois pas empêché l’envoi des demandes de compensation ni les premiers règlements.

L’affaire de Lecce n’est probablement qu’un début. Plusieurs procédures similaires seraient encore en cours en Italie. Le gouvernement a même évoqué une mesure controversée consistant à publier les noms des personnes identifiées dans des affaires d’IPTV pirate, une stratégie dite du « name and shame » qui n’a pas encore été appliquée.

Une chose est sûre : l’Italie poursuit l’escalade dans sa lutte contre le piratage IPTV. En visant directement le portefeuille des abonnés, les ayants droit du football espèrent tarir la demande et protéger un modèle économique largement dépendant des droits télévisés.